Grèce : interdire les réseaux sociaux aux mineurs, est-ce nier leurs droits ?
Le gouvernement grec vient d’annoncer une mesure inédite en Europe. Dès janvier 2027, les moins de 15 ans n’auront plus accès aux réseaux sociaux sur le territoire hellénique. La Grèce devient le premier pays de l’Union européenne à fixer un tel seuil. L’Australie a adopté une mesure comparable, fixée à 16 ans. Ces décisions relancent un débat que l’on ne peut pas esquiver : une telle interdiction viole-t-elle les droits humains ?
La question mérite qu’on la prenne au sérieux. L’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme garantit à chacun la liberté d’expression et le droit de chercher, recevoir et répandre des informations. Certains brandissent cet article pour s’opposer à toute restriction d’accès numérique, y compris pour les enfants. Ce raisonnement a l’apparence de la rigueur. Il en a surtout l’apparence.
Car la DUDH n’est pas un buffet. On ne choisit pas un article en ignorant les autres.
L’article 29 est rarement cité dans ces débats. Il précise pourtant que l’exercice des droits peut être soumis à des restrictions fixées par la loi, lorsque celles-ci visent à assurer la reconnaissance et le respect des droits d’autrui. Un enfant de 12 ans n’a pas la même capacité qu’un adulte à évaluer les risques, à consentir, à se protéger des mécanismes conçus précisément pour capter son attention. La mesure grecque ne supprime pas la parole des jeunes. Elle régule un accès. Ce n’est pas la même chose.
Il y a un autre risque, moins visible mais tout aussi réel. Quand on invoque l’article 19 pour défendre l’accès d’un enfant à une plateforme commerciale optimisée par des algorithmes, on affaiblit ce même droit pour ceux qui en ont le plus besoin : les journalistes emprisonnés, les dissidents réduits au silence, les minorités censurées. Les droits humains ont une portée précise. Chaque usage approximatif érode cette portée.
La protection n’est pas l’opposé de la liberté. Elle en est parfois la condition. Un enfant qui sort de l’école a le droit de se déplacer librement. Ce droit n’est pas nié parce que ses parents lui apprennent à traverser sur les passages piétons ou l’accompagnent dans des environnements dangereux. La question n’est pas de savoir si les jeunes ont des droits. Ils en ont. La question est de savoir quel environnement leur permet de les exercer réellement.
La mesure grecque n’est pas parfaite. Les défis techniques sont réels, les risques d’inégalités aussi. Mais le débat qu’elle ouvre est utile, à condition qu’il reste ancré dans une lecture honnête des textes.
Articles de la DUDH concernés
Article 12 : Protection de la vie privée et de la correspondance contre toute immixtion arbitraire.
Article 19 : Liberté d’opinion et d’expression, droit de chercher, recevoir et répandre des informations par tout moyen.
Article 29 : L’exercice des droits peut être soumis à des restrictions fixées par la loi, dans le but d’assurer la reconnaissance et le respect des droits d’autrui et de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général.
Pour aller plus loin
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Consultez la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : → https://aedh-education.org/droits-de-lhomme/jeunes/
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